Hollington Paris

Comme vous l’avez sans doute constaté, il m’arrive souvent de mettre 2 à 3 mois voir plus entre chacun de mes articles « mode ».

Sachez que c’est voulu. Ce n’est pas un manque d’inspiration ou de productivité de ma part.

Mon petit truc à moi, c’est de dénicher des marques (si possible nouvelle) et le plus difficile à chaque fois c’est d’en trouver qui me plaisent.

Dans ce cas précis, cela faisait quelque temps que j’observais Hollington Paris via Instagram, je m’apprêtais à en parler sur mon site (dans ma modeste rubrique : des marques à connaître) et seulement après je comptais les contacter comme je fais habituellement, mais ils m’ont devancé et sont venus à moi par le biais d’Hélène P. qui gère leur communication entre autres.

Cela fait quelques années que je tiens mon petit blog et plus le temps passe, plus je me permets d’être exigeant concernant les labels avec lesquels je veux travailler et vous présenter.

Hollington Paris réuni tous les critères qu’il faut à une marque pour me plaire (et c’est de plus en plus rare).

S’il faut absolument vous en citer quelques-uns, je commencerais par l’excellente qualité des matériaux qu’ils utilisent pour confectionner leurs vêtements, ensuite je mettrai en avant leurs designs épurés, l’attention qu’ils portent aux détails et je conclurais en disant que pour concevoir de tels produits, il faut être très exigeant envers soi-même et y mettre énormément d’amour et de passion.

C’est dans les années 70 que Patric Hollington et Michel Schreiber (gauche et droite) décident de s’associer et de créer alors Schreiber Hollington qui deviendra par la suite Hollington Paris.

L’idée était d’adapter des vêtements conçus pour le travail #Workwear à la vie de tous les jours sans pour autant perdre leur côté fonctionnel.

Plus de 40 ans après, le temps et la réussite leur donne raison d’avoir osé prendre ce risque.

D’où je viens, nous avons coutume de dire qu’un ancien c’est l’équivalent d’une bibliothèque. Je pouvais me limiter à rédiger mon article sur la marque Hollington Paris, mais il m’a semblé important et plus intéressant d’interviewer celui qui en est le fondateur, le créateur et son premier ambassadeur Mr Patric Hollington.

Môsieur Manga : Mr Hollington, la marque Hollington Paris fut créée il y a 44 ans par vous. Vous souvenez-vous encore de la raison ou de ce qui vous a motivé à le faire ?

Patric Hollington : La raison et la motivation c’est la même chose : lorsque j’ai commencé il y avait peu de vêtements originaux pour hommes et je voulais faire une proposition de vêtements pour hommes.

Des vêtements élégants, pratiques, des idées nouvelles sans que ce soient des vêtements de clown, ça c’est l’idée de départ.

Il y a des aspects techniques : déstructurés, souples pour être bien dedans et confortables.

Môsieur Manga : Après toutes ces années dans la mode, qu’est-ce qui vous inspire aujourd’hui à créer et proposer des collections à chaque saison ?

P. Hollington : Tout d’abord je n’aime pas le mot créer. Je trouve qu’On conçoit des choses, et c’est mon métier, et c’est grâce à ça que je gagne ma vie, et que tout un tas de gens gagne leur vie.

C’est aussi une passion, une vraie passion pour ce métier, et c’est la seule chose que je sais faire. J’ai envie d’explorer de nouvelles idées, de nouveaux tissus. Je ne pense qu’à ça tout le temps.

Môsieur Manga : Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cette aventure, laquelle serait-ce ?

P. Hollington : Je ne suis pas d’accord avec la question.

Il n’y a pas une seule chose à retenir en 40 ans. J’ai eu plein de joies, de difficultés. Je suis toujours heureux et flatté du plaisir que peut procurer mes vêtements et mes tissus aux hommes qui les portent.

En plus de 40 ans de métier, ce n’est pas possible de ne retenir qu’une seule chose.

Môsieur Manga : Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

P. Hollington : Pas une mais mille et je n’en ai aucune qui vienne à propos. Il faut me faire parler au coin du feu avec un très bon whisky, un cigare, même si je ne fume plus et là il y aura des anecdotes qui sortiront.

Môsieur Manga  : Je dis souvent que la première réussite, c’est la longévité ! Durer et s’adapter au temps qui passe n’est pas donné à tous. Avez-vous un secret ? Voulez-vous le partager avec moi et les jeunes créateurs qui pourraient lire cette interview ?

P. Hollington : S’il y avait un secret, je le garderai pour moi ! La raison de la longévité est que je suis toujours resté fidèle à mes idées de base : qualité du tissu réelle, un classicisme renouvelé, respect de mon travail et de mes clients. Un secret c’est un secret et ça ne se partage pas, mais la ‘raison’ et rester fidèle à soi-même c’est un bon début.

Môsieur Manga  : 44 ans d’expérience, d’histoires et de connaissances ça doit se transmettre, vous arrive-t-il de travailler avec des jeunes créateurs ?

Ma question n’est pas anodine, il y a un jeune Marseillais que je suis ( @sudjipulse ) et dont j’apprécie le travail.

Je suis convaincu qu’une collaboration entre lui et vous donnerait quelque chose de génial par exemple.

P. Hollington : Je ne travaille pas avec de jeunes créateurs. Je ne travaille même pas avec de jeunes concepteurs ce que je regrette beaucoup. J’en cherche un, et J’en avais trouvé un mais il est parti travailler pour d’autres car il avait trop de talent

Quant à ce jeune créateur, Il n’a qu’à me téléphoner je serais ravi de le rencontrer et je parlerai avec lui. C’est tout bête, tout simple.

Môsieur Manga : J’ai quelques dames aussi qui me lisent, est-ce dans votre projet de créer des pièces 100% féminines ?

P. Hollington : Non. Parce que c’est déjà beaucoup de travail de faire des vêtements pour hommes et je n’ai pas assez de jus pour faire une collection pour femme.

Je crois que faire des vêtements pour femmes c’est un produit à part et que les femmes sont moins sensibles à la qualité des tissus.

Et ce n’est pas si facile que ça de faire de transformer des vêtements pour hommes en vêtements pour femmes. C’est vraiment deux métiers différents.

J’ai fait des vêtements pour femmes. Ce n’était pas un énorme succès, mais Il y avait des idées qui étaient bonnes mais les femmes sont moins sensibles à des arguments que je mets en avant sur les vêtements pour hommes : par exemple les femmes n’apprécient pas spécialement les poches, elles sont plus sensibles à la nouveauté par exemple, les hommes sont moins sensibles à ça.

Môsieur Manga : Comment décider vous de créer une nouvelle collection ? Avez-vous un processus particulier ? J’imagine que vous, vous fixez une charte à respecter ?

P. Hollington : Je décide de faire une nouvelle collection car si je ne la fais pas il y aura toute une série de gens qui seront au chômage, à commencer par moi.

C’est mon boulot. Et il y a les saisons, printemps, été, automne, hiver. C’est là, tout le marché est conçu comme ça.

Par exemple pour l’hiver je sais qu’il y aura des velours parce que c’est une spécialité, parce que j’aime le velours, parce que j’ai fait aimer cette qualité à mes clients.

Même chose pour l’été. Il y a un certain nombre de qualité qui avant n’était pas si populaire que ça et que j’ai introduit sur le marché. Il y a un certain nombre d’idées qui me viennent en amont de la collection, c’est un processus bizarre. Là c’est la magie, je devrais en parler à mon psy si j’en avais un.

Môsieur Manga : Pour le mot de la fin, faites-vous une différence entre avoir du style et être élégant ? Si oui, pouvez-vous nous expliquer quel est la différence selon vous

P. Hollington : Avoir du style et être élégant sont 2 expressions très proches l’une de l’autre, je pense qu’avoir du style c’est une façon de s’exprimer dans la vie, d’aimer la culture, le théâtre, le cinéma, les livres. Les vêtements ne sont qu’une partie de ce style.

Chacun voit l’élégance à sa porte. J’ai des idées très arrêtées, Je n’aime pas les blue-jeans, j’aime le sportswear mais pour ceux qui font vraiment du sport. Avoir du style c’est ne pas suivre aveuglément ceux qui se fait.

Par exemple je déteste la mode de la chemise portée débraillé. Autre exemple la barbe, qui est à la mode en ce moment, du ‘five o’clock shadows’ à la vraie barbe. Moi je suis barbu depuis l’âge de 17 ans.

Avoir une barbe parce que c’est à la mode, ce n’est pas être élégant, ce n’est pas avoir du style.

Le succès d’une marque dépend de plusieurs facteurs et acteurs. Certains d’entre eux, la majeure partie opèrent en coulisses et abattent un travail de titan, mais on en parle ou leurs donne la parole que peu souvent.

J’ai donc tenu à interviewer Hélène P. qui travaille chez Hollington Paris depuis plusieurs années.

Môsieur Manga : Voudrais-tu s’il te plaît te présenter et nous dire depuis combien de temps tu travailles chez hollington Paris et quel est exactement ton rôle au sein du label ?

Hélène : J’ai commencé chez hollington il y a presque 8 ans. Au début j’ai travaillé comme vendeuse pendant 2 ans, puis j’ai évolué sur un poste de responsable merchandising après avoir fait une formation à l’IFM.

Il y a 2 ans, je suis partie 6 mois à New York.

Pendant ce voyage, j’ai appris l’anglais et j’ai eu la chance d’avoir une expérience au côté d’Aslaug Magnusdottir, la fondatrice de la marque Moda Operandi.

À mon retour j’étais remplie de nouvelles inspirations et de nouvelles envies. C’est à ce moment-là qu’Hollington m’a proposé de devenir responsable de la communication digitale.

Môsieur Manga : As-tu toujours travaillé dans la mode ? Si non, que faisais-tu avant ?

Hélène : Mes premières expériences professionnelles étaient dans un tout autre milieu artistique, la danse.

Un milieu difficile et de rigueur c’est vrai, mais un métier passionnant avec des valeurs de partages, d’énergie, d’émotions et d’expressions infinies.

Chaque jour je me disais que j’avais de la chance de me prendre la tête sur un pas, pendant que d’autres se battent dans leur travail. Pour rien au monde j’aurais changé de passion, mais suite à une blessure j’ai dû me faire une raison.

Après diverses opportunités dans l’évènementiel, j’ai travaillé à la SNCF, une expérience très formatrice qui m’a permis de faire mes armes avec le grand public au sein d’une vraie famille, les cheminots.

Môsieur Manga : Qu’est-ce qui t’a emmené et poussé à travailler avec Mr Hollington pour sa marque ?

Hélène : En fait le hasard. Mes parents avaient bien compris que la SNCF ce n’était pas une expérience créative pour moi, que je loupais quelques choses peut-être.

À la même époque Patric Hollington, ami de mes parents, cherchait une vendeuse. C’est mon père qui m’a encouragé à pousser la porte du magasin et faire l’entretien d’embauche.

Lui-même artiste peintre, reproduisait les vêtements en dessins pour les catalogues hollington, 20 ans auparavant.

N’ayant jamais travaillé dans la mode, je ne voyais pas ce que j’allais pouvoir apporter à hollington. C’est là que tout a commencé.

Môsieur Manga : Moi il y a des choses qui m’agacent dans la mode, par exemple le fait qu’ aujourd’hui, la renommée d’une marque dépende plus de la hype qu’elle génère autour d’elle plutôt que pour la qualité de ses produits et le savoir-faire de ses artisans.

En ce qui te concerne, y’a t’il quelque chose qui t’agaces dans cette industrie ?

Hélène : C’est vrai que c’est dur. Aujourd’hui on peut avoir une idée et demain elle n’est déjà plus actuelle, déjà passée, trop tard.

Il faut toujours se presser pour essayer de s’adapter. Pour les petites ou moyennes entreprises c’est d’autant plus difficile qu’elles ont moins de moyens pour s’adapter ou se réinventer.

La phase de production d’un vêtement, par exemple, est devenue plus difficile, surtout quand on souhaite respecter une éthique, car l’ADN de la marque l’oblige ou parce que nos clients nous le demande.

Dans chaque étape, de la création d’une idée, de la production de celle-ci et jusqu’à sa commercialisation ou sa mise en vitrine, tous les acteurs sont essentiels et souvent, tout tient sur un fil, ou alors il faut avoir beaucoup de moyens.

Môsieur Manga : J’aime la mode car pour moi c’est une forme d’art, s’habiller est une autre façon pour moi d’exprimer ma personnalité. En ce qui te concerne, qu’aimes-tu dans la mode ?

Hélène : Je suis complément d’accord avec toi. La mode peut transformer complètement une personne. Elle peut donner confiance en soi ou bien au contraire la paralyser.

Changer de style c’est très difficile pour certaines personnes. Chez hollington j’ai vu quelques situations extraordinaires, uniquement dû au changement de col de chemise.

Des histoires d’amour qui renaissent dans le magasin ou presque des divorces dans les cabines d’essayages.  Moi j’aime m’habiller, j’aime choisir un vêtement et surtout jouer avec.

Mixer les couleurs, choisir un look, penser aux côtés pratiques de sa journée et se changer pour être féminine ou plaire. Je prends ça comme un jeu, elle me permet d’exprimer une personnalité différente chaque jour.

Môsieur Manga : Chaque grande marque a un ambassadeur de nos jours, si tu devais en choisir un pour Hollington, lequel serait-ce et pour quoi ?

Hélène : Un c’est difficile ! Beaucoup de personnes connues s’habillent chez hollington ; des peintres, des architectes, même des politiques. Moi qui m’occupe de la partie digitale et qui s’adresse à un public 20-35 masculin, je choisirais Romain Costa.

Il est architecte de profession, comme une majorité de nos clients, il est dans l’air du temps, il a une forme d’esthétique simple, il est inventif, passionné, il sait partager, poser, poster, parler et il est beau ahhaha.

Môsieur Manga : As-tu déjà contribué à la phase créative de Mr Hollington ? Lui as-tu déjà fait part d’éventuelles idées que tu as ?

Hélène : Avec Patric Hollington nous travaillons sur le thème de collection qu’il choisit. Je l’aide à faire pousser son idée pour qu’elle se décline le plus possible partout pendant une saison…dans le magasin, dans les vitrines, sur les réseaux sociaux, dans le catalogue, dans la presse et sur le site. Par exemple cette saison il a choisi le Kansaï, une région du Japon.

Je l’ai aidé à orienter l’artiste calligraphe qu’il a choisie et je l’ai amené à exprimer ses idées pour qu’elles deviennent réelles et concrètes.

Môsieur Manga : Vous avez trois boutiques à Paris, est-ce dans vos projets d’en ouvrir dans d’autres villes en France, voir à l’étranger ?

Hélène : Le projet serait d’ouvrir une boutique « rive droite » à Paris car pour les parisiens de la rive gauche c’est déjà une autre ville ahahaha.

Pour l’étranger le projet est différent. Nous cherchons des magasins qui souhaitent vendre des vêtements hollington.

Vendre hollington pour beaucoup d’autre, c’est accepter de s’adresser à des hommes différents ou plus simplement d’avoir des clients à qui ils pourront vendre ce vêtement.

Merci à Hélène et Mr Hollington d’avoir répondu à mes questions.

Si vous êtes autant curieux que moi, je vous invite à visiter le site www.hollington.fr vous y découvrirez leur nouvelle collection et ce sera la meilleure façon de faire connaissance avec la marque.

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2 commentaires

  1. J’aime beaucoup les interviews , elles sont intéressantes. Et surtout je suis d’accord avec la phrase de Mr Hollington – en plus d’aimer sa vision des choses – : « Avoir du style c’est ne pas suivre aveuglément ce qui se fait. » 👌🏽
    En ce qui concerne les poches, j’aime trop ça mais c’est vrai qu’en général les femmes n’aiment pas ou n’y font pas attention. Pour moi elles font toute la différence sur un grand nombre de pièces.

    Merci pour cet article 🙏🏾

    Aimé par 1 personne

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